dimanche 16 mars 2014
jeudi 6 mars 2014
Respect de la vie privée : uniquement pour les politiciens ?
Mardi le 14 janvier se déroulait à
l’Élysée une conférence de presse, la
troisième depuis le début de son mandat, durant laquelle
François Hollande devait exposer les orientations politiques qui
allaient guider le gouvernement. L’élément majeur de
cette présentation devait être le pacte de responsabilité
à destination des entreprises, censé relancer la croissance et
faire baisser le chômage. Las, l’annonce fut largement
parasitée par la révélation faite une semaine
plutôt par le magasine people Closer de la
relation que le président entretenait avec l’actrice Julie
Gayet. Pour ne rien arranger, on apprenait dans la foulée que
Valérie Trierweiler était
hospitalisée, officiellement « pour se reposer »
à cause d’un « énorme choc
émotionnel ».
La liaison fut bien évidemment évoquée lors des
questions des journalistes. Sur le statut
du conjoint, François Hollande explique alors qu'« il n'y
en a jamais eu », qu’ « il y a des usages,
qui ont également concerné les femmes de [ses]
prédécesseurs » et que « ce qui est
essentiel pour [lui], c'est la transparence. Les moyens consacrés au
conjoint doivent être connus, publiés, et les coûts
doivent être les moins élevés possibles ».
L’un des journalistes l’interroge donc :
« Valérie Trierweiler est-elle
toujours, aujourd’hui, première dame de
France ? »
François Hollande refuse alors de répondre à la
question : « J’ai un principe, c’est que les
affaires privées se traitent en privé, dans une intimité
respectueuse de chacun ». Pourtant, en admettant la
légitimité de la première dame de France à
bénéficier de certains moyens financiers et avoir ses voyages
payés par le contribuable, il est tout à fait naturel que ce
dernier sache si la personne qui utilise ces moyens bénéficie
réellement de ce statut. Le président rejette ainsi la
transparence promise plus tôt.
Envolée également sa promesse d’exemplarité
proférée dans sa fameuse tirade ‘Moi
président’, lors du débat de l’entre deux tours de
l’élection présidentielle avec Nicolas Sarkozy. Il avait
alors déclaré : « moi, président de la
République, je ferai en sorte que mon comportement soit à
chaque instant exemplaire » (0’57).
De plus, les conséquences du statut réel de Mme Trierweiler pourraient être beaucoup plus
importantes. Xavier Kemlin avait ainsi porté
plainte
contre celle-ci pour détournement de fonds publics. Le raisonnement
est le suivant : soit François Hollande et Valérie Trierweiler ne sont pas concubins et les contribuables
n’ont pas à la financer, soit ils le sont et alors ils auraient
dû faire une déclaration commune à l’ISF.
Pourtant, François Hollande avait raison quand, lors de la
révélation de sa relation avec Julie Gayet, il parlait
du « respect de la vie privée auquel tout citoyen [a
droit] ». Mais pourquoi ne l’a-t-il
pas défendue plus tôt ? Par exemple, quand le consultant de
la NSA Edward Snowden fit ses
révélations sur le système PRISM qui permet aux agents
américains de surveiller mondialement les données personnelles
circulant sur Internet. Il était alors à la recherche
d’un pays pouvant lui donner asile et se retrouva… en Russie.
C’était là une bonne occasion pour le président
français de défendre la vie privée. Non seulement il ne
donna pas l’asile diplomatique à Edward Snowden,
mais ce dernier fut indirectement à l’origine d’un incident
diplomatique avec la Bolivie lorsque l’avion du président
Morales fut interdit de survoler la France car suspecté d’abriter
l’ex-consultant de la NSA.
Il faut dire que les témoignages de soutien à Edward Snowden ne furent pas légion parmi les dirigeants
européens. Ainsi, pour Angela Merkel, il est nécessaire
de « contrôler les
télécommunications » pour se protéger des
attaques terroristes et « le travail des services de
renseignements dans des États démocratiques a toujours
été indispensable, et le sera toujours, pour la protection du
citoyen ». Évidemment, quand la chancelière
allemande apprit fin octobre qu’elle-même était victime de
l’espionnage de la NSA, sa réaction fut tout autre. Elle
déclara d’abord dans un communiqué
que « si de telles pratiques étaient confirmées,
elle les désapprouverait catégoriquement et les
considérerait comme totalement inacceptables ». Lors de son
arrivée au sommet bruxellois suivant ces révélations,
elle déclara
que « l’espionnage entre amis, ça ne va pas du tout
».
Les autres dirigeants européens lui apportèrent lors de
ce sommet un soutien sans faille. Pour le belge Elio Di Rupo, « nous ne
pouvons pas accepter de qui que ce soit cet espionnage systématique et
il faudra prendre des mesures », alors que selon l’entourage de
François Hollande et d’Angela Merkel, ces derniers « sont
tombés tous les deux d’accord pour dire que ces pratiques
d’espionnage sont inacceptables ».
Cet intérêt soudain pour la vie privée ne fit
hélas pas long feu du côté français. Le 10
décembre 2013, le gouvernement faisait passer dans l’article 20 de la loi de
programmation militaire 2014-2019 un ensemble de mesures liberticides.
Celles-ci permettent la capture en temps réel des communications,
documents et informations (L246-1 et L246-3) transitant par les
opérateurs, et ce, sans aucun contrôle judiciaire. Cette capture
pourra de plus être réalisée par un ensemble
élargi d’administrations, dont le ministère de
l’Économie et du Budget (L246-2).
Ce texte a soulevé l’indignation de la plupart des
acteurs du numérique. Pour Gilles Babinet, responsable des enjeux du
numérique pour la France auprès de la Commission
européenne, « cette loi va bien plus loin que ce que permet la
loi américaine. Aux États-Unis, elle serait
anticonstitutionnelle, car dans la Constitution américaine est inscrit
le principe de la propriété privée et donc des
correspondances ».
La notion de vie privée ne semble donc pouvoir
s’appliquer que pour les dirigeants politiques et non pas au reste des
citoyens. Les premiers vivent pourtant de l’argent de ces derniers, qui
sont en droit d’attendre en retour un minimum de transparence. Non
seulement les politiciens n’en font pas preuve, mais ils multiplient les
mesures empiétant chaque jour un peu plus sur la vie privée des
citoyens. Pour Thomas Jefferson,
troisième président des États-Unis, « quand les citoyens
craignent leur gouvernement, il y a tyrannie ; quand le gouvernement craint
ses citoyens, il y a liberté ». Selon vous, dans laquelle des
deux situations se trouve-t-on aujourd’hui ?
Publié initialement sur 24hGold
samedi 22 février 2014
La France compétitive, c’est maintenant ?
François Hollande doit se rendre à
l’évidence, il a échoué à inverser la
courbe du chômage. De manière symptomatique, la rhétorique
de la « baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de
chômeurs », invoquée
en son temps par Nicolas Sarkozy, raillée
par le candidat François Hollande, a été reprise par le
gouvernement actuel. Celui-ci exprimait
par la voix de Michel Sapin, ministre de l'Emploi, sa satisfaction de passer
de « plus de 30 000 chômeurs par mois
supplémentaires » au premier trimestre à « 5 500
au troisième trimestre ».
Face à cet échec, le
président français semble vouloir changer de tactique en
admettant l’importance de la compétitivité des
entreprises françaises pour qu’elles créent des emplois.
Peut-être son pacte de responsabilité est-il un moyen cynique pour
lui de se défausser sur les entreprises de son échec
futur ? Ces dernières seront alors responsables des mauvais chiffres du chômage. Mais
peut-être a-t-il (enfin) réalisé
que les entreprises sont un allié nécessaire pour créer
des emplois et que la politique du gouvernement depuis le début de son
quinquennat agissait comme un véritable repoussoir pour les
investisseurs potentiels. Ainsi Les
Echos publiaient
le 19 décembre un « manifeste des entreprises
étrangères ». Dans celui-ci, cinquante patrons de
filiales de grands groupes internationaux y tiraient la sonnette
d’alarme, expliquant que « depuis quelques années, [ils
avaient] de plus en plus de mal à convaincre nos maisons mères
d’investir et de créer des emplois en France ».
Il ne s’agit pas d’un sentiment
diffus, mais basé sur des faits. En effet, les indicateurs
défavorables se multiplient et l’image de la France
auprès des investisseurs étrangers est terriblement
dégradée, comme l’explique fort bien Nicolas Doze.
À la fin du mois de janvier était
publié un rapport de la CNUCED, dont un chiffre eut un certain
retentissement médiatique : les investissements directs
étrangers (IDE) vers la France avaient chuté de 77% en 2013.
Bien sûr, cet indicateur est imparfait et volatil. Comme le note
justement l’agence française pour les investissements
internationaux dans son rapport annuel 2012 :
« Cette statistique, cependant, est
peu adaptée à la mesure des flux d’investissements
physiques, directement créateurs d’emplois et de
capacités productives, pour deux raisons principales :
- elle intègre d’autres opérations que l’investissement physique (acquisitions, rapatriement de bénéfices, transferts de trésorerie, flux financiers inter-groupe…) ;
- elle ne rend pas compte de certains investissements physiques qui sont financés non par des flux d’IDE mais par d’autres sources (levées de fonds sur les marchés locaux notamment). »
Ainsi, une entreprise étrangère qui
se finance sur le marché des capitaux national ne
génèrera aucun IDE, à l’inverse de celle qui
préfère faire appel à sa
société-mère.
Mais cet indicateur n’est pas
isolé : quand on étudie les classements mondiaux sur
l’environnement économique et la compétitivité, on
s’aperçoit malheureusement que la France décroche de plus
en plus. Regardons ainsi quelques uns des plus connus.
D’après le baromètre
Ernst & Young de l’attractivité de la France 2013, cette
dernière est désormais distancée par le Royaume-Uni et
de l’Allemagne :
Plus grave, la taille des investissements liés
est de plus en plus modeste : seules 10 500 créations
d’emplois sont associées à ces projets, soit une baisse
de 20%.
La France est à la 23ème
place dans le dernier classement
du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Sa position
s’est donc encore dégradée
de 2 places par rapport à l’année dernière,
où pour la première fois elle n’apparaissait plus dans le
top 20 de ce palmarès qui a trente ans d’existence.
La France est particulièrement mal
placée concernant la lourdeur des réglementations (137ème)
et le niveau d’imposition (134ème).
La France gagne une place dans le classement de Lausanne qui compare 60
pays selon leur compétitivité. Sur le long terme, la tendance
est toutefois largement négative puisque la France était 21ème
en 1997 [1]. Tout l’inverse de l’Allemagne, 16ème
à l’époque et désormais 9ème.
Source :
IMD World Competitiveness Rankings 2013
Rajoutons à cela les classements peu
glorieux à l’indice de liberté économique de l’Heritage
Foundation (70ème sur
178), de l’Institut Fraser
(40ème sur 152) ou au Doing Business [2] de la Banque Mondiale (38ème
sur 189).
À ces indicateurs s’ajoutent les
discours contre-productifs. Il sera ainsi difficile de faire de la France une
terre d’innovation avec un ministre du redressement productif, Arnaud
Montebourg, qui manifeste
une telle hostilité envers celle-ci, comme lors de la récente
conférence LeWeb réunissant des
entrepreneurs de ce secteur. À un spectateur qui l’interrogeait
sur le « gouvernement français [qui ferait] plus pour
défendre les intérêts enracinés des industries
établies plutôt qu’aider les compagnies
innovantes », le ministre répondit naturellement que
« lorsque l’innovation détruit un système, on
doit aller lentement ». Comment attirer les innovateurs avec un
tel discours ?
L’attractivité de la France semble
décliner dangereusement si l’on en croit la batterie
d’indicateurs négatifs. Il semblerait toutefois que
François Hollande souhaite s’engager pour faire changer
d’avis les investisseurs. En effet, après avoir proposé
le pacte de responsabilité aux entreprises, le président
français a reçu
le 4 février une délégation de patrons
d’entreprises étrangères installées en France en
préparation du conseil de l’attractivité qu’il a présidé
le 17 février. S’agit-il d’un début de prise de
conscience que la bataille de l’emploi ne peut se gagner qu’avec
les entreprises, et non contre elles ? Nous en
saurons sans doute bientôt plus sur les réelles intentions du
président français qui devra passer de la parole aux actes.
[1] Il n’y a que deux pays, les Émirats
Arabes Unis et le Qatar, qui ont été intégré
depuis au classement et qui précèdent la France.
[2] Doing Business
présente des indicateurs quantitatifs sur les réglementations
des affaires et sur la protection des droits de la propriété.Publié initialement sur 24hGold
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