dimanche 17 février 2013

Japon : l’échec grandeur nature du keynésianisme

Shinzo Abe est redevenu premier ministre du Japon en décembre dernier suite à la victoire de son parti, le Parti libéral-démocrate, aux dernières élections législatives. Son plan pour relancer l’économie japonaise est purement keynésien, ce qui ne manque pas de surprendre puisque c’est précisément le remède qui est administré depuis près de deux décennies dans ce pays, et ce avec une inefficacité notoire.

L'État va ainsi injecter 87 milliards d'euros dans l'économie. Ceux-ci vont se répartir entre des rénovations d’infrastructures (routes, ponts ou écoles), des investissements dans des secteurs considérés d’avenir et des dépenses sociales.

Le gouvernement de Shinzo Abe espère ainsi créer 600 000 emplois et obtenir une croissance de 2 % dès la prochaine année fiscale (qui débute en avril). Mais des doutes ont déjà été émis sur la pertinence de ces travaux et certains commentateurs n’y voient même qu’une liste permettant d’atteindre le montant symbolique de la promesse électorale de 10 000 milliards de yens.

Il y a quelques mois, le FMI avait préconisé l’adoption par la Banque du Japon (BoJ) d’un plan pour relancer l’économie. Celui-ci consistait à :
  • relâcher sa politique monétaire ;
  • étendre son programme de rachats d’actifs pour réinjecter des liquidités dans le système bancaire ;
  • relever son objectif d’inflation ;
  • monétiser la dette souveraine de manière plus durable en échangeant les courtes maturités contre des plus longues).
Le gouverneur de la BoJ, Masaaki Shirakawa, avait alors opposé une fin de non-recevoir en jugeant sa politique d’alors « appropriée ». Il se fait en effet peu d’illusions sur l’efficacité de la planche à billets et admet l’échec de ce type de politique : « Pour le moment, l'effet de notre politique monétaire de stimulation de l'économie est très limité. La monnaie est là, la liquidité est abondante, les taux d'intérêts sont très bas, mais les entreprises n'utilisent pas ces conditions financières accommodantes. Le retour sur investissement est trop bas ».

Malheureusement pour Masaaki Shirakawa, Shinzo Abe a repris à son compte les propositions du FMI, notamment sur les taux directeurs et l’inflation. Le deuxième axe de cette politique volontariste consiste ainsi à faire pression sur la BoJ afin que celle-ci adopte une politique monétaire encore plus laxiste et relève son objectif d'inflation annuelle à 2% (contre 1% actuellement). L’indépendance de la BoJ a volé en éclats et le gouverneur a cédé en revoyant à la hausse son objectif d'inflation et en promettant un rachat illimité d'actifs financiers (majoritairement de la dette souveraine) à partir de 2014. Un rythme de 11 milliards d’euros mensuels a été évoqué. Shinzo Abe pouvait jubiler : « C'est historique. Nous changeons de régime monétaire ».

La politique de taux bas a historiquement été peu efficace. On le voit en effet sur le graphique ci-dessous : les taux directeurs sont inférieurs à 1,00% sans discontinuer depuis le 2e semestre 1995, et ce sans impact notable sur la croissance. Le PIB n’a depuis progressé en termes réels que de 14%, soit une progression annuelle moyenne de 0,8% par an.



On constate également que cette baisse des taux courts a fortement pesé sur les taux longs, qui sont depuis la fin des années 1990 sous la barre de 2%, mais cela n’a pas coïncidé pour l’État japonais avec une maîtrise de sa dette. Au contraire, les gouvernements successifs ont profité de ces conditions favorables pour augmenter les dépenses publiques et l’endettement, comme le montre le graphique qui suit.



Le cocktail miracle keynésien de taux bas conjugués avec des déficits publics et de la création monétaire s’est donc révélé inefficace pour la croissance japonaise mais a permis au contraire de creuser une dette colossale.

Nous verrons dans un prochain article comment cet endettement massif a pu se produire alors que dans certains pays de la zone euro, des endettements moindres ont provoqué une explosion des taux d’emprunt et une fermeture de l’accès aux marchés financiers. Nous étudierons également les conséquences et dangers pour le Japon qui peuvent être engendrés par la politique du nouveau gouvernement.

Publié initialement par 24hGold

vendredi 1 février 2013

Point sur le projet de loi de finances français

Il y a trois mois nous avions constaté que le budget 2013 était basé sur des hypothèses assez peu sérieuses et réalistes. À l’époque les prévisions du gouvernement étaient déjà supérieures à celles des autres économistes, qui étaient pour rappel les suivantes :


 
Depuis, l’année 2012 s’est achevée et le consensus des économistes semble avoir tapé assez juste pour 2012 : l’acquis de croissance [1] à la fin du troisième trimestre est de 0,1% et l’INSEE anticipe un léger repli (-0,1%) sur le quatrième trimestre. La croissance française devrait donc être quasiment nulle en 2012. D’ailleurs, la croissance annualisée française est en baisse continue depuis le 1er trimestre 2011 et est devenue nulle au 3ème trimestre 2012. Si la prévision de l’INSEE se confirme pour le 4ème trimestre, elle redeviendra même négative, et ce pour la première fois depuis fin 2009. Réponse par l’INSEE le 14 février prochain.



Rappelons que, s’il n’existe pas de définition officielle pour une récession, une définition assez communément admise est la contraction du PIB sur deux trimestres consécutifs. Ce graphique montre que la France fut en récession car les deux premiers trimestres de l’année furent négatifs. Néanmoins, l’INSEE communique sur des croissances arrondies à une décimale, ce qui a opportunément permis au taux de -0,044% du 2ème trimestre d’être arrondi à 0,0% et donc d’éviter officiellement la récession.

Pour 2013, le consensus [2] des économistes passe de +0,3% à +0,1%, sans entraîner la moindre révision gouvernementale :

Source : La Tribune

Le gouvernement se retrouve donc désormais à 0,7% au-dessus du consensus et persiste dans son déni. Ainsi le ministre de l'Économie Pierre Moscovici déclare dans une interview publiée par Le Figaro le 10 janvier : « Si j'avais aujourd'hui la conviction que la croissance ne pourra pas atteindre 0,8% comme nous l'anticipons, je l'aurais dit. Les incertitudes sont fortes, bien sûr, mais je relève que certaines évolutions - l'accord sur le budget aux États-Unis, les perspectives de croissance de la Chine, les solutions apportées à la zone euro - sont positives. »

Cette croissance atone rendra encore plus difficiles les objectifs gouvernementaux de réduction des déficits publics. Pierre Moscovici les rappelle : « Nous nous sommes engagés à ramener la dépense publique de 56,3% de la richesse nationale en 2012 à 53,1% du PIB en 2017. ».

En réalité, le gouvernement semble être tout à fait conscient que ses objectifs de croissance ne seront pas atteints : c’est pourquoi il essaie désormais d’agir davantage au niveau des dépenses et assure qu’il n’y aura pas de dérapages. Alors qu’il tablait, il y a trois mois, sur une augmentation de 0,7% par an en volume [3], il communique actuellement sur une croissance ‘limitée’ à 0,4% en 2014 et 0,2% en 2015.

Le gouvernement est d’ailleurs vivement encouragé dans cette voie par la Cour des comptes et son président (socialiste) Didier Migaud, qui déclare avec lucidité : « Ne cherchons pas - comme cela a trop souvent été le cas - à prendre appui sur la difficulté de la situation économique du moment pour renoncer à poursuivre l'effort structurel indispensable. La gravité de la situation d'endettement impose que le redressement soit conduit sans relâche ». Et de rajouter que la France « va devoir, dans les années qui viennent, consentir à un freinage sans précédent de la dépense publique ». On ne saurait dire mieux.

Mais pour l’instant, malgré les intentions affichées, la tendance reste tout de même à l’augmentation puisqu’avec une croissance de 0,1% en 2013, la dépense publique atteindrait 56,5% du PIB. On ne peut également s’empêcher de regretter le petit jeu politicien de la gauche qui poussait des cris d’orfraie quand le gouvernement de droite procédait à des modérations pourtant bien moindres de l’augmentation des dépenses publiques…

Quant à la dette publique, la baisse affichée lors du troisième trimestre est en trompe-l’œil puisqu’elle provient essentiellement de la contraction de la trésorerie (-30,7 milliards d’euros). Si la dette brute (celle comptabilisée au sens de Maastricht) baisse de 13,5 milliards d’euros, la dette nette augmente de 24,0 milliards d’euros, pour atteindre 1 640,2 milliards d’euros.

Le diagnostic proposé il y a trois mois est donc toujours valable. Le gouvernement s’acharne à nier la réalité et à repousser des réductions de dépenses qui n’en seront que plus douloureuses. La croissance est non seulement atone mais continue à ralentir, les dépenses publiques et la dette à augmenter. Les inflexions millimétriques de trajectoires proposées par le gouvernement actuel ne sont malheureusement pas à la hauteur des enjeux.

[1] L’acquis de croissance correspond à la croissance de l’année si tous les trimestres suivants de la même année avaient une croissance nulle.
[2] Ce qui est appelé consensus des économistes n’est en fait qu’une simple moyenne.

samedi 19 janvier 2013

Les inégalités : des indicateurs trompeurs


De nombreux articles et livres fleurissent pour nous démontrer que les inégalités s’accroissent en France et dans le monde. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz publiait ainsi récemment un livre intitulé Le Prix de l’inégalité. Ces publications rencontrent traditionnellement un bon accueil dans notre pays car les français se sentent très concernés par ces problématiques. L’égalité est en effet, avec la liberté et la fraternité, l’un des trois piliers de la devise républicaine : il serait donc naturel de lutter contre les inégalités.

Ce serait faire là une terrible confusion et manquer l’ambiguïté qui existe dans le terme d’égalité, dont jouent ceux qui poussent à toujours plus de redistribution. Référons-nous à la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. L’article 1 stipule que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » alors que l’article 2 rappelle que le but de toute association politique doit être « la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme », identifiés comme étant « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression ». Selon l’article 1, l’égalité est donc bien celle des droits, pas celle des résultats. La loi doit donc être la même pour tous et il ne doit pas exister de passe-droit. L’égalité des revenus et des possessions est même indirectement exclue par l’article 2 puisque celle-ci permet la conservation de la propriété.

Ceci étant posé, examinons tout de même ces « inégalités ». Il existe de nombreux indicateurs statistiques tentant de mesurer les inégalités mais deux d’entre eux sont couramment utilisés : le rapport inter-décile et l’indice de Gini. Le premier consiste à faire le rapport entre le neuvième et le premier décile [1] : plus ce ratio est élevé, plus l’inégalité des revenus est importante. Le second est issu d’une formule plus complexe mesurant les écarts par rapport au revenu moyen. L’indice est compris entre 0 et 1, 0 correspondant à l’égalité parfaite et 1 à la situation où tous les revenus seraient gagnés par un seul individu.

Notons d’abord que contrairement aux idées reçues et malgré les quelques rémunérations exorbitantes dont peuvent bénéficier certains sportifs, chanteurs, acteurs ou patron du CAC40 faisant les gros titres des journaux, les inégalités de revenus en France sont globalement stables depuis 30 ans et largement en baisse par rapport aux années 1970 :
 
Source : INSEE

Soulignons cependant que ces indicateurs présentent des faiblesse presque insurmontables car ils mesurent des groupes qui ne sont pas statiques. Par exemple, dans le cas du rapport inter-décile, la composition des déciles varie d’une année l’autre. Ainsi, imaginons la situation suivante. À un instant donné le ratio inter-décile est élevé, signe de fortes inégalités. Quelques années plus tard, on mesure de nouveau D1 et D9 : ils sont inchangés (ou affichent le même taux de progression). Quand on regarde ce que sont devenus les individus composant le premier décile à l’origine, on s’aperçoit qu’ils sont désormais tous dans le dernier décile, et vice et versa. Et pourtant l’indicateur statistique conclura à des inégalités importantes et constantes ! De la même manière, si la hiérarchie des revenus était inversée en conservant les rapports d’ordre de grandeur, l’indice de Gini demeurerait inchangé et conclurait de manière similaire à des inégalités fortes et constantes.

Évidemment, ce sont deux situations extrêmes qui n’ont aucune chance de se produire, mais cette mobilité est loin d’être négligeable. On apprend par exemple ici que les revenus moyens des américains qui se situaient dans le plus bas quintile en 1996 avaient augmenté de 91% en 2005, mais qu’en revanche ceux du premier percentile – c’est-à-dire les 1% ayant les revenus les plus élevés – avaient diminué de 26%. En outre, plus de la moitié de ces derniers ne figuraient plus dans le premier percentile en 2005.

Une autre étude de l’Université du Michigan a démontré que seulement 5% des individus situés dans le cinquième quintile des revenus (mesurant les revenus les plus faibles) en 1975 y était encore en 1991, alors que 29% d’entre eux avaient atteint le premier quintile à cette date. Plus de la moitié des individus du dernier quintile en 1975 avaient été dans le premier quintile pendant au moins une année entre 1975 et 1991.

Conclusion similaire dans cet autre article : une première étude montre que 86% des américains les plus pauvres en 1979 ne le sont plus neuf années plus tard. Une seconde étude, portant sur une durée un peu plus longue (de 1975 à 1991) conclut à 95% de personnes sortant des 20% aux revenus les plus faibles.

On observe le même phénomène quand on tente d’observer les inégalités de revenus non plus entre les individus mais entre les différents peuples. Le rapport mondial sur le développement humain 2000/2001 préconisait ainsi une comparaison entre les 20 pays les plus riches et les 20 pays les plus pauvres, et ce ratio était passé de 23 en 1960 à 39 en 2000. Toutefois, en effectuant le calcul sur le même ensemble de pays (c’est-à-dire en conservant la répartition des pays les plus riches et les plus pauvres en 1960), un résultat radicalement opposé était observé puisque le ratio diminuait à 9,5.

Le débat sur les inégalités est donc largement surfait, biaisé, et se réalise de plus à l’aide d’indicateurs à la pertinence largement discutable.

[1] Le premier décile (noté généralement D1) est le salaire au-dessous duquel se situent 10 % des salaires. Le neuvième décile (noté généralement D9) est le salaire au-dessous duquel se situent 90 % des salaires.
[2] Indice de Gini : G = 1 - 2B

Publié initialement par 24hGold

samedi 12 janvier 2013

Les systèmes de retraite

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a publié le 19 décembre 2012 son 11ème rapport. Celui-ci dresse un état des lieux de notre système de retraite et effectue différentes projections sur ses besoins de financement jusqu’à l’horizon 2060. Il devrait également servir de base de discussion entre les partenaires sociaux dès début 2013.

C’est l’occasion de faire un point sur les différents modes de fonctionnement des systèmes de retraite qui peuvent exister et de voir quels pourraient être les compléments ou les alternatives au modèle français qui semble à bout de souffle. Évidemment, ces systèmes ne s’excluent pas l’un l’autre, c’est-à-dire qu’ils peuvent coexister et s’additionner dans un même pays.

Les systèmes de retraite peuvent d’abord se décomposer en deux grandes familles : il s’agit de la répartition et de la capitalisation.

Dans un système de retraite par répartition, les actifs payent des cotisations qui sont redistribuées aux retraités sous forme de prestations. Par son fonctionnement, la retraite par répartition peut donc être considérée comme un système pyramidal de type Ponzi-Madoff. Le cotisant d’aujourd’hui n’a aucun droit réel et dépend entièrement des générations futures et de leur capacité à payer.

À l’inverse, la retraite par capitalisation consiste en un placement de l’épargne du cotisant dans des fonds investis sur le long terme, ce qui est d’ailleurs très bénéfique pour l’économie. Les fonds placés peuvent rester propriété des déposants ou être collectivisés. Ils sont investis dans différentes classes d’actifs comme les actions, les obligations, l’immobiliers, les matières premières (par exemple l’or) etc.

La retraite, qu’elle soit par répartition ou par capitalisation, peut être à cotisation définie ou à prestation définie.

Un régime à cotisation définie est par nature équilibré : les pensionnés se partagent les cotisations des actifs. Dans un système par répartition, les retraités se partagent les cotisations annuelles. Dans un système par capitalisation, ils sont rémunérés par des fonds alimentés des cotisations de l’année en cours et des années antérieures.

Dans un régime à prestations définies, les cotisants acquièrent des droits à des prestations qui leur sont versées indépendamment de l’équilibre financier du régime, le déficit étant le plus souvent comblé par le budget étatique ou par la dette sociale.

Le régime français de retraites actuel est un système par répartition à prestations définies. Des sociétés de secours mutuels furent développées en France dès le début du 19ème siècle pour protéger les ouvriers, mais la réglementation contraignante a longtemps entravé le développement de ces dernières qui finissent par voir leurs fonds siphonnés par le régime de Vichy. La répartition est en effet instaurée le 15 mars 1941 par René Belin, ministre du Travail de Pétain et intègre la Sécurité sociale en 1945. Les dépenses de retraites sont croissantes depuis de nombreuses années, même si le COR pronostique une stabilisation et même une légère régression à moyen-long terme.





 Frédéric Bastiat avait averti en son temps des dangers d’une mutualisation excessive associée à une déresponsabilisation croissante [1] :

« J'ai vu surgir spontanément des sociétés de secours mutuel, il y a plus de vingt-cinq ans, parmi les ouvriers et les artisans les plus dénués, dans les villages les plus pauvres du département des Landes [...] Dans toutes les localités où elles existent, elles ont fait un bien immense [...]

Leur écueil naturel est dans le déplacement de la Responsabilité. Ce n'est jamais sans créer pour l'avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu'on soustrait l'individu aux conséquences de ses propres actes. »

Le système déresponsabilisant de la répartition associé à son fonctionnement par prestations définies a inévitablement abouti à un déséquilibre financier. Les difficultés de gestion du système ont été accentuées par la multiplicité des régimes existants, chacun tirant la couverture à soi et essayant de faire porter les efforts financiers sur les autres. Les dernières simulations du COR ont ainsi pris en compte 33 des principaux régimes de retraite obligatoires (de base et complémentaires) :



 Un rééquilibrage du système peut se réaliser en jouant sur trois paramètres. On peut d’abord allonger la durée de cotisation (reculer l’âge de départ à la retraite), ce qui permet à la fois d’augmenter le volume de cotisations et de diminuer la masse des pensions. On peut ensuite accroître les versements de cotisations en augmentant le taux de cotisation. Enfin, une diminution des pensions versées peut s’effectuer en limitant ou gelant les revalorisations des retraites. Évidemment, il existe une quatrième piste qui consiste à ne pas avoir un système équilibré, et donc à devoir recourir à l’impôt et à la dette pour verser les retraites. Mais il est difficile de déterminer précisément l’ampleur de cette subvention publique dans la mesure où les déséquilibres des retraites des agents de l’État peuvent être compensés par une augmentation de la cotisation employeur, ce dernier étant …l’État.

Pour assurer sa pérennité, le système français a besoin de trouver un équilibre financier, ce qui nécessitera des réformes courageuses. Il faudra notamment introduire, le plus tôt possible, la retraite individuelle par capitalisation et remettre à plat le système par répartition. S’inspirant du modèle suédois, il devra être transformé en un système unique par points, fusionnant tous les régimes, et à cotisations définies.

[1] Les Harmonies Économiques - 1850

Publié initialement par 24hGold

vendredi 7 décembre 2012

L’endettement total

Le sujet de la dette est actuellement omniprésent dans les médias. Quand ceux-ci l’évoquent, ils parlent le plus souvent de la dette publique. Celle-ci, nous l’avons déjà vu dans un précédent article, comprend principalement la dette souveraine ainsi que celles des collectivités locales et des organismes de sécurité sociale. Mais ces organisations publiques ne sont évidemment pas les seules à emprunter. Pour définir la notion d’endettement total, on rajoute traditionnellement les dettes des agents non financiers. Ces derniers se répartissent de la manière suivante :

  • les ménages, constitués des particuliers, des entrepreneurs individuels et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM)
  • les sociétés non financières (SNF), privées et publiques

L’exercice qui consiste à sommer ces trois dettes permet de prendre la mesure du poids de l’endettement global dans les principaux pays développés et du fait qu’on approche probablement de sa limite.

Cela peut aussi sembler osé et critiquable de les rapprocher. On ne peut, en effet, pas les mettre sur un pied d’égalité car elles sont de nature différente. L’entreprise investit dans du matériel ou dans la recherche. Les particuliers vont s’endetter pour acquérir des biens de consommation ou leur résidence principale (ou un bien immobilier dont le loyer est destiné à assurer la retraite). Les administrations publiques, à l’inverse, s’endettent pour financer les dépenses courantes. Là où l’entreprise et les particuliers investissent pour améliorer leur rentabilité ou leur avenir, et donc créer des ressources supplémentaires les administrations publiques dépensent sur des critères politiques souvent éloignés de l’« intérêt général » (si cette notion peut avoir un sens), comme nous l’explique l’école des choix publics.

Donc ces trois dettes ne sont pas de même nature, mais pourtant leur agrégat fait tout de même sens car il ya des liens. L'État, pour payer ses dettes, va devoir piocher dans les poches des ménages et des entreprises, ce qui revient à leur transférer ses dettes. Il est donc tout à fait pertinent d’étudier l’endettement actuel de ces derniers, pour savoir s'ils seront capables de supporter ce surpoids, et dans quelle mesure.

De plus, il est également naturel de regarder les niveaux d’endettement parmi les principales puissances économiques du fait des relations qui peuvent exister entre elles. En effet, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour émettre l’hypothèse de dettes souveraines grecques remboursées par les contribuables français ou allemands.

La photographie de la situation à la fin du deuxième trimestre 2012 est la suivante :




C’est en Allemagne et en France que les endettements totaux sont les plus faibles, ce qui tombe assez bien puisque les États allemands et français sont la pierre angulaire du dispositif de sauvetage de la zone euro (MES/FESF).

Si l’on regarde l’évolution sur les dix dernières années, on s’aperçoit que l’endettement total a explosé dans tous les pays (à l’exception de l’Allemagne), le record étant pour l’Espagne qui flirte avec les 100 points de PIB d’augmentation :


Source : Banque de France



Source : Banque de France

Lecture des tableaux : l’endettement des ménages français représentait 35,1% du PIB en 2002 et a progressé de 21,2 points de PIB ces 10 dernières années.

Sur l’exemple français, cette augmentation de l’endettement des ménages provient principalement de la progression des encours de crédits à l’habitat (de 337,1 à 861,6 milliards d’euros, soit de 22,3% à 43,1% du PIB), celle-ci trouvant pour origine l’augmentation (la bulle ?) de l’immobilier.

Une étude de McKinsey de janvier 2012 nous permettait d’obtenir les endettements des institutions financières. Bien que les données de McKinsey datent un peu et représentent la situation à la fin du deuxième trimestre 2011 (c’est-à-dire un an d’écart avec les chiffres de la Banque de France), on peut tout de même les intégrer et obtenir l’ordre de grandeur suivant :



Source : Banque de France, McKinsey, calcul de l’auteur pour l’endettement des sociétés financières de la zone euro.


Il est à noter également qu’à ces dettes explicites s’ajoute ce que l’on appelle les dettes implicites pour lesquelles il faut prendre en compte les obligations futures, par exemple pour les retraites. Et ces dernières sont considérables :



Notons aussi que la Cour des comptes s’inquiétait récemment du niveau de dettes garanties par l’État, qui pourrait « influencer négativement la perception qu’ont les investisseurs extérieurs de la solvabilité de la France ». Celles-ci s’élevaient en 2011 à 124 milliards d’euros. D’ailleurs, contrairement au FESF, les émissions du MES n'augmenteraient pas la dette publique des différents États contributeurs.

Il est donc apparu que la dette publique, si elle semblait à juste titre préoccupante pour beaucoup, n’était en fait que la face immergée de l’iceberg de la dette. Il ne s’agit évidemment pas de condamner le principe de la dette, lorsque celle-ci provient des agents non financiers. Mais le niveau actuellement atteint est pour le moins préoccupant. Si les administrations publiques sont les principales responsables de l’augmentation de l’endettement total, les agents non financiers y ont dans la plupart des cas contribué et risquent dans un futur proche d’être mis à contribution de manière plus importante pour porter ce fardeau. Or, les chiffres ci-dessus, laissent penser qu’ils pourraient bien ne pas être en mesure de le faire.

Publié initialement par 24hGold

lundi 3 décembre 2012

L’illusion de la baisse des dépenses commence à se dissiper



La baisse des dépenses de l’état français n’est qu’une illusion. C’est ce que nous dit une étude de l’IFRAP, reprise par Les Echos. Bien sûr il n’y a là rien de neuf sous le soleil et les lecteurs de Contrepoints par exemple auront déjà vu quelques articles relatant ce fait (ici, là ou là par exemple). Néanmoins, il faut tout de même se féliciter qu’un média mainstream comme Les Echos l’évoque, et l’étude apporte également quelques éléments nouveaux.
Même si le titre des Echos n’évoque qu’un débat (« Budget 2013 : la réalité des économies est contestée »), le contenu de l’article laisse peu de doute sur le fait que l’annonce de la baisse des dépenses n’était que de la poudre aux yeux.
L’étude de l’IFRAP dénonce deux artifices. Le premier consiste à présenter une non-augmentation comme une diminution. C’est-à-dire que si vous aviez prévu d’augmenter vos dépenses de 100 € à 103 € et que vous ne dépensez finalement « que » 102 €, et bien vous présenterez alors cela comme une réduction des dépenses de 1 €. L’article rappelle donc d’abord que les dépenses ont bel et bien augmenté :
« Dans les documents budgétaires, les dépenses continuent en effet d'augmenter d'une année sur l'autre, mais moins vite que prévu : le budget passe de 369 à 370 milliards en 2013. »
Le tout en précisant que ce type de présentation n’est pas une pratique commune :
« Cette présentation des économies, utilisée par plusieurs gouvernements français ces dernières années, n'est en revanche pas celle d'autres pays. L'Allemagne affiche ainsi un objectif de réduction des dépenses de 10 milliards, en valeur, dans son budget fédéral 2013, qui se reflète dans la baisse de ce dernier, de 312 à 302 milliards d'euros. »
Autrement dit, quand l’Allemagne annonce une baisse des dépenses…il s’agit réellement d’une baisse des dépenses, et pas d’une non-augmentation.
Notons d’ailleurs que l’augmentation annoncée est en fait bien supérieure à un milliard d’euros puisque dans un autre article nous apprenions que les dotations au Mécanisme européen de stabilité et à la Banque européenne d’investissement n’avaient pas été inclues dans les dépenses de l’Etat. Ces dernières s’élèvent donc finalement à 374,5 milliards d’euros en 2013, soit 5,9 milliards d’euros de plus qu’en 2012.
Le second artifice consiste à gonfler l’augmentation prévisionnelle des dépenses. Dans l’exemple précédent, vous gonflez par exemple votre prévision de 103 € à 105 €. La réduction de dépense devient alors de 3 € et vous paraissez avoir fait un effort notable, alors qu’il n’en est rien.
Et c’est exactement ce qu’a fait le gouvernement : il sciemment surestimé la hausse des dépenses tendancielles à 10 milliards d’euros. L’IFRAP a de son côté une estimation beaucoup plus basse avec 5,77 milliards d’euros :
Mais Bercy et l’IFRAP ne sont pas les seuls à avoir réalisé les calculs :
« La Cour des comptes l'avait, pour sa part, évaluée à 6 milliards d'euros en juillet dernier, tandis que le rapporteur général (PS) de la commission des Finances, Christian Eckert, l'estime à 8 milliards dans son rapport sur la loi de programmation. »
L’estimation de la Cour des comptes est donc très proche de celle de l’IFRAP alors que celle du rapporteur général, pourtant socialiste, est à mi-chemin et reste inférieure de deux milliards d'euros à celle de Bercy.